Commémoration du bicentenaire |
La tombe de Lord Selkirk, sous son érable canadien Crestian Lamaison* Pourquoi un comte écossais a-t-il trouvé sa dernière demeure sous un érable[1] dans le vieux cimetière protestant d’Orthez ? > Situer la tombe dans le cimetière de la rue Guanille. Le comte de Selkirk (1771-1820) fut un des personnages les plus singuliers de son époque. Héritier d’une famille de la très grande noblesse britannique, il s’est passionné pour le débat public au point de devenir l’un des responsables de l’abolition de la traite des esclaves en Grande-Bretagne. Jeune membre de la chambre des Lords, il vint au secours de ses compatriotes les plus miséreux en organisant la création de nouvelles colonies en Amérique du Nord. Dépensant sans compter sa fortune, souvent au péril de sa vie, il a consacré son existence à ses colonies et à ses hommes, au point d’être considéré aujourd’hui comme un des pères fondateurs de la nation canadienne. Humaniste, philanthrope, Selkirk a donné à son histoire un parfum d’aventure, depuis les Highlands écossais jusqu’à la prairie canadienne, avant de finir sa vie en Béarn.
Voici un timbre du Canada commémorant le bicentenaire de l’établissement Le comte de Selkirk, ou Lord Selkirk Thomas Douglas, 5e comte de Selkirk, colonisateur, homme politique et humaniste. (St. Mary’s Isle, Écosse, 20 juin 1771 — décédé à Pau le 8 avril 1820). Il est le plus jeune fils d’une famille de la très grande noblesse écossaise. Il hérite des titres et de la fortune de son père à la mort de celui-ci en 1799 et après le décès de tous ses frères aînés. Élu à la chambre des Lords en décembre 1806, il mène campagne et prononce le discours en faveur de l’abolition de la traite des esclaves. L’abolition est votée en février 1807. La fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle voient apparaître une importante crise agricole liée aux réformes agraires entreprises en Irlande et en Écosse. Ces mesures sont prises à la défaveur des petits exploitants. Les paysans de ces régions font face à une véritable famine. Selkirk décide de mettre sa fortune à la disposition de leur défense et entreprend d’organiser l’émigration de ces malheureux au Canada. Pour cela, il prend le contrôle en 1811 de la compagnie de la Baie de l’Hudson, spécialisée dans le commerce des peaux. Il affrète des bateaux, recrute du personnel et achète des terres. Il parvient à créer trois colonies. Sur l’île du Prince-Édouard, à Baldoon près des Grands Lacs et enfin en 1812 sur la Rivière Rouge près de Winnipeg. Ces colonies connaîtront des fortunes diverses. La première se développe, la seconde disparaît rapidement, quant à la troisième, des conflits avec la compagnie du Nord-Ouest (une entreprise concurrente de la compagnie de la Baie de l’Hudson) et avec des Métis du lieu (appelés les Bois Brûlés) entraînent la dispersion de la colonie en 1815. Selkirk vient au Canada pour superviser en personne les opérations de reconquête de son territoire. En route vers la Rivière Rouge avec une formation de mercenaires suisses (le régiment De Meuron) en 1816, il apprend que le gouverneur de la colonie de la Rivière-Rouge et plusieurs colons ont été tués. En réaction, il occupe les possessions de la compagnie du Nord-Ouest à Fort William, reprend ses colonies par les armes et réinstalle ses colons. Il est alors mêlé à un litige complexe qui l’oppose à la compagnie du Nord-Ouest et aux représentants anglais au Canada qui condamnent la fondation de la colonie. Il visite la Rivière Rouge en 1817 avant de retourner au Canada pour combattre ses adversaires devant les tribunaux à Montréal puis à Londres. Incapable de convaincre les autorités canadiennes ou le gouvernement britannique que les conflits qui ont lieu dans l’Ouest résultent d’une conspiration contre lui et la compagnie de la Baie de l’Hudson, il considère que cet échec nuit à son honneur. En réalité, la Couronne britannique est très embarrassée par ce cas et ralentit la procédure pour ne pas avoir à juger. Atteint de tuberculose, il embarque pour l’Angleterre en 1818. Sa maladie l’empêche de se défendre et il décide d’aller se soigner dans le sud de l’Espagne. Épuisé par le voyage, à bout de forces, il décide de s’arrêter à Pau. Loue un hôtel particulier, à gauche de l’actuelle mairie de Pau, appartenant à Jean-François-Xavier Larriu, éphémère général d’empire, à partir de septembre 1819. Il meurt à Pau le 8 avril 1820 et est inhumé à Orthez le 15 avril de la même année. > Le décès de Lord Selkirk à Pau. Que reste-t-il de l’œuvre de Selkirk ? Peu de souvenirs en Écosse, de rares traces en France. En revanche, il est considéré comme un des pères fondateurs de la nation canadienne. Le relatif succès de ses colonies ne doit pas faire oublier les motifs de son engagement.
Timbre émis par la poste du Canada en 1962 Du reste, la colonie de la Rivière-Rouge est directement à l’origine de la fondation de Winnipeg, à la latitude d’Amiens en France, une des villes les plus importantes du Canada, un des plus grands marchés aux grains du monde. Le culte de Lord Selkirk au Canada et au Québec C’est dans le Manitoba, capitale Winnipeg, que l’image de ce colonisateur, au sens premier du terme (mise en valeur des terres par la culture) est le plus vénérée, comme on le voit sur ces timbres mémoriaux. Un monument dédié aux premiers colons de Selkirk occupe un rond-point au centre de la ville de Winnipeg, près de la Rivière Rouge.
Monument métaphorique à la mémoire des colons de Selkirk qui ont fondé la ville, Devant l’entrée est du palais de l’Assemblée législative du Manitoba, au cœur de Winnipeg, la statue assise de Lord Selkirk occupe le côté sud.
La tombe de Selkirk, sobre et discrète, fut restaurée une première fois en 1913 par son petit-fils, le capitaine John Hope. Une cérémonie du souvenir a eu lieu le 24 mai 1978, rassemblant Français et Canadiens. À cette occasion, on a restauré le monument. Aujourd’hui, la tombe de Thomas Douglas, ni abandonnée ni parfaitement entretenue, laisse une impression de nostalgie à l’image d’un homme discret qui vécut intensément et que l’oubli a peu à peu recouvert. Pourtant la ville d’Orthez a donné, en 2006, le nom de Selkirk à une de ses rues, démontrant que la communauté où repose ce grand humaniste a conservé malgré tout son souvenir. THE EARL OF SELKIRK
La dalle de la tombe porte le verset suivant : Une confusion inévitable Voici l’entrée sud de la rue Selkirk à Orthez, une rue de 500 m prenant sur l’avenue d’Aquitaine, dans le quartier de la Chaussée, au nord de la ville.
La rue Selkirk qui va à gauche vers le chemin des Courtilles, Or, si on prend un dictionnaire courant, on tombe en premier sur Alexander Selkirk, un marin anglais, naufragé volontaire au début du XVIIIe, qui servit de modèle à Daniel Defoe pour son Robinson Crusoé. Bien entendu, Lord Selkirk n’a rien à voir. La confusion est ancienne, Francis Jammes et Jean Labbé, parlaient de la tombe de Robinson à Orthez, contre toute évidence, car le marin était mort un bon siècle avant la date gravée. Et à notre connaissance il n’y a aucune autre rue Selkirk en France. À Selkirk, en Écosse, il y a une petite place en impasse, Douglas Pl., derrière la salle d’audience Walter-Scott, avec seulement un panonceau « NO BALL GAMES », et encore les comtes précédents portaient ce même patronyme, donc il ne reste rien de lui là-bas. Pour les lieux et voies Selkirk, en dehors du Canada et en Amérique du Nord, où elles sont présentes jusqu’au Pacifique, et même une montagne de l’État de Washington, il faut aller en Australie ou en Afrique du Sud où elles abondent aussi.
[*] Les renseignements principaux de cet article ont été tirés du livre de Jean-Paul Lafont :
[1] La tradition orthézienne a voulu voir là deux érables, emblèmatiques du Canada. En réalité, il s'agit de deux magnifiques chênes américains (Quercus acerifolia) ou Chênes à feuille d'érable, qui ont déjà un siècle d'âge.
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